On s’était dit rendez-vous dans dix ans
Champions d’Europe U16 en 2014 en Lettonie, Killian Tillie, Adam Mokoka et Yves Pons se retrouvent aujourd’hui chez les A, avec comme entraîneur celui qui était assistant-coach à l’époque, Frédéric Fauthoux. Malgré le temps qui passe, leurs liens demeurent indéfectibles.
Ils ont repris naturellement l’habitude de s’asseoir ensemble lors des repas d’équipe. Et il suffit de leur présenter quelques clichés pour que soudainement les rires fusent et les anecdotes remontent à la surface. Les interdictions de portable, les siestes obligatoires de 30 minutes, le début de bagarre générale en finale, les doigts d’honneur du public letton, les jeux de carte, les manipulations tortures du kiné. "Mais tout ne se raconte pas !", prévient toutefois Adam Mokoka dans un sourire. A l’été 2014, les U16 ont écrit une des plus belles pages de l’histoire du basket français de jeunes en survolant l’Euro de la catégorie. Neuf victoires, aucune défaite, 26,7 points d’écart en moyenne et une médaille d’or au bout du chemin.
Dans cette équipe, trois joueurs ont été médaillés olympiques : Frank Ntilikina, à deux reprises, Jules Rambaut et Timothé Vergiat à Paris 2024, en 3x3. En novembre 2025, trois autres éléments vivent une nouvelle aventure internationale chez les A. Après les débuts d’Yves Pons, ceux d’Adam Mokoka, c’est Killian Tillie qui a rejoint la troupe, convoqué par Freddy Fauthoux, l’entraîneur adjoint des U16 de l’époque auprès de Bernard Faure. "Je passais mes diplômes du BE2. Pour le valider j’avais postulé pour être assistant d’une équipe nationale de jeunes", se souvient-il. "Pour être sincère je ne connaissais pas grand-chose à la catégorie. Mais très rapidement je me suis aperçu qu’il y avait énormément de qualités dans ce groupe. J’étais venu pour être au contact d’une nouvelle génération et du très haut niveau. Ça me titillait. Mais après cette compétition cela m’a donné envie de poursuivre. On a l’impression que c’est beaucoup plus facile quand on explique des choses à des joueurs qui ont des hauts potentiels et sont à l’écoute."
Rapidement, le septuple champion de France avec l’Élan Béarnais a su construire une relation particulière avec ses jeunes ouailles. "Freddy donnait de la confiance. Il était passé par là et te partageait son expérience", souligne Adam Mokoka. "J’aimais bien parce qu’il avait cette expérience de joueur, avec une approche différente. J’avais kiffé ma relation avec lui", ajoute Yves Pons. "J’ai essayé d’amener la gestion des événements et j’ai eu la chance de pouvoir remettre les maillots en faisant part de mon expérience avec l’Équipe de France, de l’honneur, des sacrifices que certains devraient consentir. Je m’en souviens très bien." Au fil des jours la sélection s’est affinée et les relations ont grandi entre ces adolescents talentueux. "On a tellement rigolé, tellement fait les idiots", précise Pons. "La cohésion était incroyable. Et c’est ce qui nous a permis d’aller aussi loin."
Les résultats n’ont pourtant pas été immédiats. "On ne se prenait pas trop au sérieux et surtout on ne pensait pas qu’on allait gagner de la sorte", rappelle Killian Tillie, MVP de la compétition (25 points, 18 rebonds, 3 passes décisives, 5 interceptions et 2 contres, 45 d’évaluation en finale !). "Les matches de préparation avaient été catastrophiques. Et en arrivant au championnat d’Europe on tue tout le monde ! C’était une expérience de fou." La Lettonie, qui avait dominé les Bleuets à trois reprises en amont de l’Euro, est balayée en finale, à Riga (78-53).
Après cet été magique, les trois compères ont vécu des chemins tortueux pour retrouver le maillot bleu chez les A. Tous ont connu une expérience NBA (54 matches avec les Grizzlies pour Tillie, 25 avec les Bulls pour Mokoka, 12 avec les Grizzlies pour Pons), en G-League et à l’étranger. Le tout sous le regard lointain mais attentif de leur ancien assistant. "Je m’étais promis de tous les suivre", insiste Freddy Fauthoux. "On perçoit le talent des uns et des autres, on se dit que certains vont sortir. Mais c’est très agréable d’être attentif à tous les parcours. Même 10 ans après je suivais précisément ceux avec qui j’ai passé l’été." A l’heure de constituer son équipe pour débuter les fenêtres de qualification à la Coupe du Monde, l’entraîneur des A n’a pas hésité à faire appel à ses anciens élèves. "C’est un magnifique symbole", juge-t-il. "On sent qu’il y a autre chose que le rapport classique joueur-entraîneur. On sent qu’il y a du répondant, qu’ils me connaissent. Cela simplifie plein de choses. Et cela prouve que lorsqu’on gagne, il reste toujours quelque chose."